Une promotion professionnelle ? Sortez de votre zone de confort pour réussir !

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Vous avez obtenu une promotion professionnelle, vous grimpez d’un niveau hiérarchique ? Félicitations !

Mauvaise nouvelle, vous devez tout oublier, ou presque !

Bonne nouvelle, vous pouvez tout apprendre, ou presque ! Et trouver une nouvelle zone de confort dans votre nouveau rôle. Vous allez aussi faire un sacré travail sur vous, car le reptilien qui sommeille veille au grain !

Les 3 cerveaux qui nous gouvernent

Le cerveau reptilien, le pilote automatique

C’est le plus développé dans notre crâne, par des milliers d’années d’affinage en caverne, et par vos 10-15-25 premières années d’apprentissages graduels. C’est lui qui fonctionne en mode majoritaire. Tous nos automatismes y sont câblés dans le dur pour ne pas réapprendre tout chaque jour. A marcher, parler, écrire, décider, faire toutes les tâches de la vie courante y compris dans votre Entreprise. C’est vraiment fascinant de penser à tout ce que nous faisons automatiquement sans avoir à réfléchir. Nos automatismes sont très liés à nos environnements. (On ne saurait faire le geste de se brosser les dents en tenant le volant sur l’autoroute !) On voit un truc connu, on s’en sert assez correctement sans se poser de question.

C’est aussi lui qui recherche la stabilité, le non-changement, « l’homéostasie ». Il va résister aux conséquences de votre promotion professionnelle ! C’est bon pour le fonctionnement de nos organes qui se régulent grâce à lui. Mais dès qu’il y a un changement dans l’environnement, le cerveau reptilien n’a plus ses repères. Il est perdu, car il ne sait pas faire autre chose que des automatismes. Il n’aime pas le changement ! Pire, dans l’inconnu, il va tenter de refaire du connu, quitte à se planter !

Le cerveau limbique, pour les émotions

Le cerveau limbique, lui, reçoit le message de changement, panique à bord. Il nous fait passer dans le mode attaque, fuite ou sidération, pas top en Entreprise ! Pas top en prise de poste !

Il a une place importante dans notre fonctionnement. Siège du plaisir, du déplaisir et de toutes les émotions (par dizaines, cf. ce dictionnaire que je trouve vraiment parlant et utile).

C’est lui qui génère nos avidités et nos aversions. En écoutant davantage nos émotions, on les identifie, on les apprivoise. Elles sont de précieuses balises d’orientation et de croissance personnelle à travailler. Surtout quand on stresse, car c’est un indicateur d’un changement d’environnement, ou du retour d’une situation à risque.

Le cerveau limbique est aussi mauvais complice du cerveau reptilien : il peut l’endormir. Nous avons tendance à « aimer » ce que nous connaissons, même si c’est parfois désagréable, sinon nous changerions ! Le crocodile marine bien dans son marigot, même si ça sent un peu le pourri. Zone de confort maso !

Et combien de gens restent dans des jobs usants, avec des objectifs insensés, ou avec un manager maltraitant ? Ou à l’opposé, dans des placards-cercueils de première classe, dans des sous-pentes sordides, sous un escalier, ou dans un couloir. (J’en ai entendu des trucs dingues !) Ils peuvent être complètement ignorés de leur manager arrogant ou gêné, avec parfois la complicité des RH. Si c’est votre cas, réveillez-vous, il y a un avenir meilleur et ailleurs pour vous !

Le cortex, le cerveau pensant

C’est le cortex qui pense, innove, remet en cause, apprend, conçoit, prend des décisions réfléchies, se projette, nous fait passer à l’acte.

C’est aussi périodiquement notre cerveau conscient. Bien que rester conscient, et rester conscient d’être conscient requiert un fameux apprentissage, via la méditation de pleine conscience. Cf. les ouvrages de Mathieu Ricard, de Christophe André, notamment, et de plein de formations dont celle de Vipassana qui est à ma connaissance une des plus sérieuses et exigeantes, mais quel résultat après 10 jours et 10 heures de méditation par jour !…

Le cortex ne fait que 10% de notre masse cérébrale, autant dire qu’il faut se mobiliser un peu pour le développer. Sinon, c’est pizza-télé-crocodile qui gouverne !

Pour le dérouiller, rien de tel que d’apprendre ou de réapprendre à apprendre.

Depuis les années 70, (première crise du pétrole en 73), nous vivons crise sur crise, dans un monde qui va continuer sa profonde mutation encore pour un moment, pour le meilleur si on s’y attèle. (Un autre magnifique ouvrage à lire pour prendre le bon cap, de Marc Luyckx, ancien brillant conseiller de Jacques Delors à la construction de L’Europe.) Le cortex nous aide à nous y adapter constamment, tout comme quand vous montez d’un échelon dans la hiérarchie.

Les marches du Management

La bonne nouvelle, donc, est qu’à chaque marche d’une promotion professionnelle, vous avez beaucoup de compétences et comportements nouveaux à acquérir. De ce fait, vous pourrez renoncer à vos zones de confort antérieures. C’est à la fois excitant pour votre cortex, et inquiétant pour les 2 autres larrons !

  1. De collaborateur à Manager de premier niveau, vous renoncez au rôle de contributeur individuel, nourri de vos techniques apprises dans vos études et rodées sur le terrain. Vous devenez Manager de contributeurs individuels. Vos cerveaux reptilien et limbique vont se cramponner ensemble pour continuer à rester dans la zone de confort et de plaisir. Combien de fois entend-on parler de Managers (2 à 3 marches plus haut !) qui font du micro-management ? Oscour !! Bien sûr, en tant que Manager, vous aurez des dossiers complexes et très techniques à traiter, mais cela ne devrait pas vous occuper plus de 50% de votre temps. Et surtout, vous ne devriez plus traiter les tâches de vos N-1. D’où l’importance de bien déléguer, dès votre prise de fonction.
  1. Vous devenez Manager de Managers ? 2e renoncement à opérer. Vous ne managez plus des contributeurs individuels, mais des Managers dont c’est le rôle. Là aussi, combien de Managers de 1ier niveau se font disqualifier par des interventions directes entre leur N+1 et leur N-1 ?! En tant que MOM (Manager of Managers, why not ?!), votre rôle devient clairement de penser à moyen terme, pour opérer des « changements de type 2« .
  1. Vous devenez Directeur d’une activité, avec 2 niveaux de Managers en dessous. 3e renoncement, votre rôle est carrément dans le Long Terme, nouvelle zone d’inconfort. Pour faire rayonner votre entité à l’extérieur, développer, anticiper, réorganiser, en délégant tout ce que vous faisiez avant. Changements de type 2 partout !

Les horizons de focus

3 niveaux de management et horizons de focus. A garder en tête à chaque promotion professionnelle

Ce schéma montre comment vous devenez, à votre niveau, responsable de tout ce qui est sous votre responsabilité. Toutefois, votre horizon de focus est sur votre horizon à plus long terme, en organisant des délégations, et un reporting par remontée d’infos : périodique à la bonne fréquence, ou exceptionnel, pour mieux opérer des changements à votre horizon prioritaire.

Les 3 premiers rôles d’un Manager, à chaque promotion professionnelle

Cet autre schéma montre votre triple rôle en tant que Manager de votre équipe :

  • Clarifier le cap,
  • Donner des moyens et des contraintes, et
  • Responsabiliser.
Les 3 premiers rôles d'un Manager, à chaque promotion professionnelle

Pour être clair :

  • Le cap : concevoir ou décliner la stratégie, communiquer très explicitement sur la direction et sur ce que vous attendez, à quel endroit vous demandez à vos N-1 de contribuer, plutôt que de faire vous-même.
  • Moyens et contraintes. On ne peut donner des objectifs élevés sans moyens adéquats. A vous de les ajuster. D’ailleurs, en tant que N-, responsable de votre propre Activité, c’est aussi votre responsabilité d’optimiser les moyens, voire d’en demander, ou de négocier des contraintes (des délais par exemple) avec votre Manager N+1. Si vous ou vos N-1 partent en vrille, c’est qu’il y a un souci entre les niveaux d’objectifs, les contraintes et ressources, et la mobilisation.

et en 3e lieu, donc :

  • Responsabiliser. Si vous faites à la place de votre N-1, vous restez dans votre zone de confort, pas bon. Vous lui piquez son taf, et vous ne le challengez pas pour qu’il sorte lui-même de sa zone de confort. Vous l’empêchez de grandir. Même si « ça va plus vite quand je le fais moi-même », vous devez investir du temps pour transmettre. Responsabiliser, c’est donc : former, transmettre massivement et autonomiser. On est loin du micro-management, n’est-ce pas ?
    Vous devez éviter de donner vos solutions ! Mais plutôt poser des questions ouvertes pour évaluer le niveau d’autonomie de votre N-1, vous assurer qu’il a intégré les objectifs et qu’il va délivrer avec confiance.

Acquérir vos nouvelles compétences et vos nouveaux comportements lors de votre promotion professionnelle

On l’a vu, les 2 larrons (reptilien et limbique) vont tenter d’anesthésier votre cortex lors de votre promotion professionnelle.

Pour vous aider dans cette difficile conquête, cherchez un mentor dans votre Organisation, quelqu’un sans lien hiérarchique de préférence (ce qui sera rassurant pour vous et sans risque pour lui non plus), qui va être officiellement en charge de vous transmettre ses savoir-faire et une partie de ses expériences correspondant à votre nouveau rôle.

Vous pouvez aussi cherchez dans votre cercle personnel, une relation qui a déjà acquis l’expérience et les ficelles à votre nouveau niveau de management. Ce sera tout aussi enrichissant s’il travaille dans une culture d’entreprise différente. Votre cortex fera le tri !

Pour autant, vous allez vous poser seul, souvent, pour évaluer comment trouver votre propre style, qui ne soit ni celui de votre mentor, ni celui de votre précédent N+1, qui, s’ils ont de la bouteille, ont probablement un style qui leur est propre. D’ailleurs, vous n’êtes pas promu pour faire du quelqu’un-d’autre, mais bien parce qu’on sent votre potentiel à apporter votre sang neuf. D’où le terme « prise de poste », et non reprise de poste !

Promotion professionnelle : progresser dans la sérénité

Vous pouvez ressentir le besoin de travailler votre sérénité, votre confiance en vous, votre sentiment de légitimité, votre style propre. Cela vous invite encore à vous poser, prendre du recul, accueillir vos ressentis pour éviter les styles petit chef, chef agressif ou colérique, chef absent (jamais dispo, débordé dans sa fonction) ou fuyant (« Débrouillez-vous, j’veux pas l’savoir ! »), ou encore chef béni-oui-oui qui ne prend pas ses responsabilités.

Ce travail sur vous peut être plus ou moins profond, car nous reproduisons tous inconsciemment des situations structurantes de toutes nos décennies précédentes, où nous nous sommes construits dans un environnement plus ou moins porteur, plus ou moins toxique, exigeant, valorisant, autonomisant, … Cela nous fait projeter nos « figures de références » (parents en général) sur nos patrons.  Nous allons réutiliser les mêmes croyances limitantes (je suis trop, ou pas assez…), les mêmes interdits (je ne peux pas…), les mêmes obligations (je dois…) ou les mêmes autorisations (j’ai le droit de …) qui peuvent être complètement en décalage avec le monde du travail et la culture de votre Entreprise.

Survivre dans ce monde crazy

Si on ajoute à votre promotion le stress généré par des objectifs sky-rocket, des délais zapping, un patron qui vous presse le citron, une équipe qui turn-over sans crier gare…, vous allez vous-même vous étonner de vos réactions parfois disproportionnées d’agressivité, de fuite ou de sidération, alors qu’on attend de vous : efficacité, maîtrise et assertivité.

Et que vous rêvez de faire tout ça avec plaisir et sourire ! Et que vous aimeriez aussi rentrer chez vous pour vous détendre et profiter de votre temps libre et de votre vie privée, avec « luxe, calme et volupté ».

Parfois, savoir et ressentir n’est ni nécessaire ni suffisant pour progresser. Combien de gens fument encore malgré les mentions énormes sur les paquets de cigarettes, et les statistiques implacables ?

Le sigle Aum sanscrit pour appeler aux décisions réfléchies et sages

Si telle est votre situation, il peut être utile de vous faire accompagner par un bon coach si les symptômes vous sont encore supportables, et pour carrément ouvrir vos limites archaïques, … ou par un bon psychothérapeute si vous vous sentez vraiment glisser (cf. note ci-dessous).

Comme nous l’avons vu, le management d’une équipe est à la fois un métier simple quand on en maîtrise les compétences et les savoir-être, et compliqué car il est très différent de tout ce que nous avons acquis, « automatisé » et vécu avant.

A présent, posez-vous un moment avec vous-même, passez en revue vos zones de confort et vos zones de vigilance dans votre nouveau terrain de jeux. Que dit votre reptiien ? Que dit votre limbique ? Et en conscience, que décidez-vous ?

Aum !


Note

Je mets cela en note exprès. Attention à la tentation des « médocs ». Ils masquent les symptômes et ne règlent rien. Si vous en avez besoin pour garder la tête hors de l’eau, démarrez aussitôt un travail de fond sur vous. J’ai connu un brillant manager qui était dépendant de ses antidépresseurs depuis des années ! Évitez la « psychanalyse » qui a pour objet premier de mieux se connaître, et accessoirement de travailler sur soi, en environ 8-10 ans ! Préférez un bon psychothérapeute du style gestaltiste qui va vous aider à sortir de vos gênes, peurs et douleurs archaïques.

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